
Quand la première clinique d’immunothérapie orale (ITO) au Québec a ouvert ses portes au CHU Sainte-Justine en 2017, on ne se pouvait plus de bonheur.
On avait milité pendant des années pour que cette clinique voie le jour. Notre directrice générale, Marie-Josée Bettez, faisait même partie du comité d’experts mis sur pied pour l’implanter.
Au cours des années suivantes, l’offre d’ITO s’est élargie : Sherbrooke, Québec, etc. Les témoignages enthousiastes des parents d’enfants assez chanceux pour en bénéficier se sont multipliés. Ce traitement change des vies!
Un problème d’accès
Peu à peu, un constat frustrant s’est quand même imposé : l’ITO reste hors de portée pour la majorité des patients en raison du nombre insuffisant d’allergologues pour répondre à la demande.
C’est un problème pour notre communauté en général et pour les nourrissons en particulier.
Les tout-petits forment en effet une catégorie à part. Pour la majorité d’entre eux, le traitement est relativement facile et mène à une guérison complète et permanente de l’allergie alimentaire. La désensibilisation reste possible après la première année de vie, mais elle aboutit généralement à une plus grande tolérance à l’allergène plutôt qu’à une rémission complète.
Pour augmenter les chances de guérison, il faut donc agir rapidement. Ce qui est le plus souvent impossible, puisque le délai moyen avant un premier rendez-vous avec un allergologue est de trois ans.
Conséquence : la majorité des enfants ratent la courte fenêtre d’opportunité pour empêcher l’allergie de s’établir de façon permanente.
Ça n’a pas de sens.
Notre projet de recherche
Il est rapidement devenu évident que pour s’attaquer à ce problème d’accès, il allait falloir sortir des sentiers battus.
C’est ce qu’on a fait en 2023, en lançant un projet de recherche pour donner la parole à un groupe rarement consulté : les parents. Cette étude (la première du genre) visait à obtenir leur point de vue sur des modèles alternatifs permettant une ITO précoce, avant même d’avoir rencontré un allergologue.
Soutenue par le Fonds de recherche du Québec, l’étude a été menée par Marie-Josée Bettez et le Dr Philippe Bégin, immunologue-allergologue. À ce duo initial se sont ajoutées Catherine Lord, courtière de connaissances scientifiques en santé, Julie Andrews consultante scientifique en santé et Anna Voia, étudiante en médecine.
Le projet de recherche a été complété en 2025 et ses résultats ont été publiés dans la revue scientifique Allergy, Asthma & Clinical Immunology. Ce qu’il a démontré, c’est que, faute d’allergologue, les parents sont favorables aux auto-soins (c’est-à-dire à la prise en charge du traitement à la maison) pour que leur nourrisson puisse bénéficier d’une intervention rapide. Mais ils ne sont pas prêts à s’engager dans ce processus complètement seuls : des consignes claires et, en cas de besoin, un accès à un soutien professionnel (infirmière ou autre professionnel de la santé) sont essentiels.
Grâce à cette étude, une pièce importante du casse-tête est tombée en place : les parents peuvent faire partie de la solution pour remédier au problème d’accès.
Le projet pilote
Notre projet de recherche a ouvert la voie à un développement majeur en 2026 : le lancement, au CHU Sainte-Justine, du projet pilote NOURRIR.
Ce projet s’adresse aux nourrissons chez qui une allergie alimentaire est soupçonnée. L’objectif est d’offrir à leurs parents un accompagnement encadré par une infirmière en attendant d’être vus par un allergologue. Cette prise en charge rapide permet de maintenir dans l’alimentation des tout-petits une quantité minime de l’allergène suspecté, bien en-deçà du seuil de réaction de la majorité des nourrissons allergiques. Le programme prévoit une seule visite en clinique et quelques suivis téléphoniques. Le reste se fait à la maison.
Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’ITO (puisqu’il n’y a pas de progression des doses), cette approche permet de profiter de la fenêtre d’opportunité du début de la vie pour réduire le risque d’allergie permanente.
Le projet pilote est mené par une équipe interdisciplinaire dédiée et dynamique qui comprend des infirmières, des allergologues et des nutritionnistes. Il est encadré par un comité stratégique sur lequel siège Déjouer les allergies.
Les premiers patients ont été accueillis en mai 2026. Plus de 60 tout-petits ont été enrôlés à venir jusqu’à présent. Ils ont été choisis en fonction de critères cliniques précis pour que le maintien de l’allergène se fasse de façon sécuritaire.
L’approche pourrait être étendue à tout le Québec si elle est concluante.
Contribuer à un monde sans allergies
Cette avancée majeure a été rendue possible grâce à un travail acharné, souvent réalisé en coulisses, pendant des années. Notre organisme est très fier d’être au cœur de l’action et de faire en sorte que votre voix soit entendue.
Trop longtemps, la gestion de l’allergie alimentaire s’est résumée à l’évitement. Aujourd’hui, il y a enfin une alternative au statu quo. Notre objectif est clair : contribuer à un monde sans allergies.
La route est encore longue avant d’y arriver. Mais avec ce projet, on franchit une nouvelle étape.
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Rédaction : 5 octobre 2026
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